KHTHÔN – CHUCHOTEMENTS Suivi de AIRURE D’AJA de Pierre Gorny
enter le regard dans la terre, au plus proche. le tréteau de l’air, à ras
des petites fleurs roses en pellicules fines piquetées, leurs écailles
froissées, comme des catapultes expulsées hors de la terre, des petites
bouches colorées entre les racines très serrées des plantes
remplies comme des poches.
au ras du sol matraqué
foison du vert en morceaux
[…]
j’entreprends de freiner les fissures
mille grêles en feu, mille années à l’ombre
pylônes éruptifs lampées électriques râpures hypnotiques
tartan de nuages de table
exquises fumées cent fois hameçonnées
sous mon blindage dorsal
j’adhère contre le rebond du clou sa boue éclatée
[…]
Collection poésie
Parution : juin 2026
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Vieux bouts de pierre comme des écrous tombés des arbres, les entailles gorgées de bois, l’envers des stries, les incisions dans la pierre, la mémoire du monde au fond d’une combe, les nervures de l’air rouillé comme une feuille entre les doigts du souffle de l’air, doigts écartés comme de longs fleuves traversants. KHTHÔN, terre lacérée par la ville, sécheresse-craquelures du sein flétri de la terre emmitouflée dans ses courbes accrues. Le visage, le corps sont les calques de la terre, cette carapace en exil incrustée en l’Homme.
Ces Hommes immergés dans la nature et la nature immergée en l’Homme depuis des millénaires. Ce temps extrêmement grand, l’étendue de ce que l’Homme ignore dans ce temps qui précède sa naissance et qui suit sa disparition, avant sa réincarnation.
KHTHÔN-CHUCHOTEMENTS un recueil de poésies issues des expériences de pleine nature en montagne où il s’agit de marcher sur les hauts plateaux pendant des jours sans ravitaillement, sans croiser de village, ni de routes, et de dormir sous la tente, à la belle étoile, ou dans les rares cabanes rustiques habitées par les tribus de lérots.
KHTHÔN-CHUCHOTEMENTS est un territoire poétique irrigué par plusieurs ruisseaux intérieurs alimentés par une source, une rivière, des rochers, une combe, des arbres, des sentiers, des animaux sauvages, des nuits sous la voie lactée, des nuits à la belle étoile, des nuits en forêt sous la lune, des chevaux dans la montagne, des jours brumeux dans la neige, des couchers de soleil, des sommets dans les nuages, des jours et des nuits à alimenter le petit poêle en fonte de la cabane, des sources à sec sous le soleil, des filets d’eau pour tout approvisionnement en eau, l’épaisseur du silence et les mille bruits, les chuchotements de la terre autour, de jour comme de nuit.
KHTHÔN-CHUCHOTEMENTS est suivi de AIRURE d’AJA qui est écrit sur un fond de pensées occupées par cette présence-absence des disparus, un parcours initiatique incrusté du silence des ancêtres en nous (ce qu’il en reste, ces microfossiles intérieurs), cette coexistence involontaire et partagée qui nous a construit au plus profond, depuis la naissance ; ces disparus qu’on aurait bien aimé avoir encore à côté de soi pour entendre leur voix, revoir leur sourire éclairer leur visage et les entendre raconter les choses du passé, se laisser emmener dans un voyage d’un autre temps, ce voyage qui leur appartient, mais pourtant, ces histoires égrenées dont on hérite sont notre socle, un apprentissage du parcours, le récit des étapes chaotiques d’un exil, pour que l’on sache d’où l’on vient. Un Homme qui s’en va, c’est une mémoire perdue. Les souvenirs sont les fossiles des individus disséminés dans la nature. Ils sont parfois entiers et parfois à demi effacés comme des peintures rupestres retrouvées au fond d’une grotte. Ils sont parfois à l’état de microfossiles, si bien enfouis en nous, au fond de nos veines, ces airures du corps ; que nous ne pouvons plus les déceler, tels qu’ils sont, incrustés dans notre nature profonde, jusque dans notre regard.
L’airure, le point extrême, comme ultime lien au fond de la galerie de la vie. Cette airure d’aja qui ferme et ouvre le cercle de la vie (De Rerum Natura – Lucrère), là où l’expérience de la fin n’est qu’un commencement ; ce cercle de l’existence dans lequel l’Homme évolue, cette dimension si petite à l’échelle des temps.
Cette airure inversée de Ma fin est mon commencement (Guillaume de Machaut – XIVème siècle Ars Nova), ce retour sur ses pas entre le plein et le vide, cette naissance et cette disparition, au milieu desquels se tisse le lignage des ancêtres et des esprits chthoniens dont il subsiste des traces en nous et dans la nature, liées à jamais comme les traces du marcheur dans la montagne dont les pas incrustés sur le sentier forment un lignage fondu dans le sol, dans la chair de la terre ; ils en sont les microfossiles, cet ADN fait de souvenirs hérités du temps, presque effacés, comme des peintures rupestres qui nous habitent et nous construisent en dedans.
KHTHÔN, la terre. J’émigrent sur un temps très long à la suite de mes ancêtres. Je est plusieurs. Cet héritage en moi qui me construit sans que j’en prenne conscience. Je suis plusieurs à traverser le temps depuis le moment où j’étais ce poisson qui a marché sur la terre. Le corps est une zone de turbulence entre la vie et la disparition, où se sont amoncelés les microfossiles de nos ancêtres.
Le corps karstique comme une montagne. L’esprit, le point vélique de l’âme, sans cible, fossile d’âme, fossile de cible. L’âme erre, terre porteuse, là d’où l’on vient. Nous sommes la terre, nous sommes l’air, nous sommes l’eau. Là où des milliards de gens sont empêchés d’être à naître (Aja) pour eux-mêmes.
La mémoire des ancêtres est aussi faite de terre, de poussières de météorites, d’eau, de végétation, de charbon, et tout cela est pétri au plus profond de notre nature humaine. Cette mémoire est aussi dans l’empreinte de la main de l’enfant, à hauteur d’enfant, sur la roche, et dans la peinture du bouquetin de la grotte d’Arcy-sur Cure, toutes deux datées de -28000 ans ; et elle s’étend jusqu’aux bouquetins du Vercors, bien vivants, dont la longévité est établie à 14 millions d’années.
La vois lactée est l’airure du ciel, la nuit. Quand, au matin, le rhombe tournoie et chasse le nuage au-dessus du Mont Aiguille, je parle en sautillant sur une langue métissée.
Pierre GORNY – 2026
| Weight | 0,25 kg |
|---|---|
| Dimensions | 13 × 20 cm |
| Couverture | Broché |
| Pages | 120 |
| Poids | 145 gr. |
| EAN | 9782489145007 |
| ISBN | 9782489145007 |
| Format | Livre papier, EPUB |

